Les Mystères de Venise: extraits sonores

J’ai déjà rédigé ici une présentation de mon nouveau spectacle, « Les Mystères de Venise ». Histoire que vous en ayez aussi à entendre – après tout nous parlons de conte -, je vous en propose aujourd’hui deux extraits sonores:

  • le début du spectacle, suivi du conte de Cesco et du Levantin (enregistré en répétition);
  • la légende de la construction du pont du Rialto (enregistrée en public lors de la première du spectacle dans la salle du Frigo d’Albi).

Je vous souhaite bonne écoute, en espérant pouvoir, très bientôt, vous raconter tout cela et plus encore… de vive voix.

 

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Une lecture à Europe 1

J’ai eu l’occasion de lire et d’enregistrer une de mes nouvelles dans les studios d’Europe 1, sous la direction bienveillante de Esther Leneman et du comédien Jacques Hadjaje. J’avais choisi à cette occasion mon texte « La balle n’est pas arrivée, mais Bob Dylan est mort », publié en octobre 2013 dans l’anthologie « Hors-la-loi: quand la pomme ne tombe plus » (Presses de l’ENSTA), et que vous pouvez lire tranquillement ici.

La lecture est un exercice compliqué, peut-être le plus difficile des arts du récit, dans lequel j’essaie modestement de progresser. Je vous livre donc cette tentative pour laquelle tous les commentaires sont les bienvenus.

Il ne me reste qu’à vous souhaiter bonne écoute…

Claude Mamier à Europe 1

Devant le micro à Europe 1
(photo E. Lemenan)

La place qui n’existe pas

Fin novembre, j’ai participé au stage « Raconter dans l’espace public » organisé conjointement par la Maison du conte de Chevilly-Larue et la FAI-AR. Accueil fabuleux assuré par La compagnie dans le quartier populaire de Belsunce, à Marseille : un grand merci à tous les habitants pour leur gentillesse, leurs sourires, leurs verres de thé. Ci-dessous, un texte issu des collectages effectués sur place.

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Il n’en reste qu’un mur. Décoré d’un côté par un portrait du Che, de l’autre par un panneau « affichage libre expression » sous lequel rien n’est affiché. Rien d’autre ne demeure de l’immeuble qui s’est pris une bombe sur la tête en 1944, s’effondrant de tout son poids, créant ainsi sous les décombres une place qui n’existe pas.

La place n’a pas de nom. Ce qui n’existe pas n’a pas de nom. Pourtant, si l’on écoute les habitants du quartier, il s’avère que cet endroit répond, au contraire, à bien des appellations.

À en croire le Gabono-sénégalo-marseillais qui tient la boutique d’en face, celle aux couleurs de la Jamaïque, la place s’appelle « Bob Marley ». Il le sait d’autant mieux qu’il l’a lui-même baptisée ainsi, allant jusqu’à matérialiser le nom par une plaque collée au mur. Mais le voisinage n’a pas apprécié l’initiative, alors, philosophe, notre homme a retiré sa belle plaque. Qu’importe. Bob Marley, il l’a sur son tee-shirt. Bob Marley, il l’a au fond des yeux, des yeux sensibles qui pleurent souvent – de rire et de joie.

Aujourd’hui, la place est à nouveau couverte de gravats. Pas ceux de l’immeuble, évidemment. La rénovation attendue tarde à venir. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, la place qui n’existe pas ressemblait à une vraie place, avec de l’herbe et des bancs occupés à longueur de temps par des rangées de chibanis. À cette époque, quelqu’un a cru bon de baptiser l’endroit « place Louise Michel ». Personne ne sait pourquoi. Peut-être pour donner un nom de femme à une place où seuls de vieux hommes venaient se reposer. Peut-être en hommage à la militante anarchiste, morte quelques centaines de mètres plus loin, dans un immeuble du boulevard Dugommier – levez les yeux pour ne pas manquer la plaque commémorative à côté du sex-shop.

Sur les grilles qui encerclent la place qui n’existe pas, un grand panneau de la mairie évoque les travaux à venir « place Fare – Petites Maries ». Mais ce n’est pas un vrai nom : il s’agit juste des rues qui se croisent à l’angle, la rue de la Fare et la rue des Petites Maries.

En fait, le seul vrai nom de la place est un numéro de cadastre. On le trouve sur l’affichette placardée en vitrine du bistrot, avec un mot de l’association des commerçants réclamant le début rapide des travaux pour éviter la prolifération des rats, ennemis des riverains comme des gens de passage.

Les habitants, eux, veulent surtout que cette place reste une place. Pas question d’y reconstruire un immeuble. Car dans l’entrelacs de rues qui caractérise le quartier, c’est le seul endroit qui profite du soleil toute la journée, hors des ombres envahissantes.

Néanmoins, certains buveurs de thé attablés à la terrasse du bistrot prétendent que parfois, l’ombre, ils la sentent quand même. Comme si l’immeuble réapparaissait un court instant. Comme s’il avait oublié s’être pris une bombe sur la tête et s’être effondré sur une place qui, sans lui, n’aurait jamais existé.

Raconter dans la rue à Belsunce (photo D. Repetto Andipatin)

Raconter dans la rue à Belsunce
(photo D. Repetto Andipatin)

Trois images de Barcelone

De retour de Barcelone, trois images marquantes… parmi tant d’autres.

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Pour un amateur de cimetières, ceux de Barcelone – Montjuic et Poblenou – peuvent s’avérer décevants faute de statuaire marquante. Il faut toutefois noter l’aspect surprenant de ces deux endroits, (très) majoritairement occupés par de grands murs, de véritables « immeubles » de tombes carrées empilées les unes sur les autres, de manière parfaitement rectiligne, sur six, sept, huit étages. Au point que les cimetières disposent d’immenses escabeaux sur roulettes que les visiteurs déplacent pour atteindre et nettoyer les sépultures les plus hautes. La statuaire n’est pourtant pas totalement absente, et je me devais de signaler l’œuvre sans conteste la plus frappante du cimetière de Poblenou : « El beso de la muerte » (Le baiser de la mort), sculptée en 1930 par Jaume Barba. Personnellement, je n’ai aucune envie d’encombrer un bout de planète avec ma tombe, mais voilà de quoi me faire (presque) changer d’avis.

Le baiser de la mort

Le baiser de la mort

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De loin, l’architecture moderniste de Barcelone se résume au célèbre Antoni Gaudí et à ses travaux majeurs : la Sagrada Familia, le parc Güell, la Casa Mila, etc. Mais une fois en ville, le visiteur découvre vite d’autres architectes contemporains du grand homme, dont Lluís Domènech i Montaner. Admirez la photo ci-dessous, et dites-vous bien que, jusqu’en 2009, c’était un hôpital ! L’hôpital Sant Pau, bâti entre 1905 et 1910, avec l’idée – quand même assez dingue – que les pauvres accueillis là devaient se sentir le mieux possible. D’où les espaces verts, les couleurs attrayantes, les décorations florales, les verrières laissant entrer la lumière naturelle. Même la salle d’opération se trouvait au rez-de-chaussée derrière d’immenses verrières… sans tain pour ne pas attirer de spectateurs. Domènech i Montaner était aussi homme politique et militant de la cause catalane tandis que Gaudí pataugeait dans son mysticisme au pied de la Sagrada Familia. Malgré cela, notre architecte n’a pas assisté à l’inauguration d’une autre de ses grandes réalisations, le palais de Musique catalane, car l’association commanditaire ne l’avait pas encore payé…

L'hôpital Sant Pau

L’hôpital Sant Pau

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Nous terminerons cette rapide promenade non pas sur un dernier monument, mais avec des musiciens et des danseurs de sardane qui s’en donnent à cœur joie le weekend sur la place de la cathédrale. J’avoue que ladite sardane n’est pas la danse folklorique la plus entraînante ni la plus variée que je connaisse. Pourtant, le simple fait d’occuper ainsi la rue, l’espace public, mérite d’être signalé. Surtout, loin de moi l’idée d’oublier, circulant entre danseurs et spectateurs, ces vieilles dames avec leurs paniers en osier, qui réclament quelques sous pour les musiciens en échange d’un petit autocollant qu’elles vous collent d’autorité sur la poitrine pour bien repérer ceux qui ont déjà « contribué ». Et quand l’une d’elles s’approche d’un mauvais payeur, laissez-moi vous dire que même le récalcitrant le plus musclé ne fait pas le fier devant le regard noir et les rides agressives qu’elle lève vers lui.

Danser la sardane

Danser la sardane

Un nouveau Temps de Dire est passé

Voilà, c’est fait: la 5ème édition du Temps de Dire organisée par RaconTarn s’est achevée sur un très beau weekend final. Je rappelle vite fait le principe de l’événement: des conteurs vont d’un lieu à l’autre à pied en collectant au passage des récits de vie qu’ils emportent et narrent à l’étape suivante. Cette année, j’ai eu l’honneur et l’avantage de parcourir le « circuit albigeois » en compagnie de mes collègues Jean-Michel Hernandez et Oliviero Vendraminetto.

En juillet, lors de la résidence d’été, nous avions collecté à Albi dans les quartiers de Veyrières et Rayssac; les témoignages sont allés du vieux monsieur qui a littéralement vu « pousser » le quartier jusqu’à une famille de réfugiés syriens arrivés deux ans plus tôt. Nous avons transporté ces histoires de l’autre côté de la rocade, dans le quartier de Ranteil, où nous avons rencontré un groupe d’anciens ouvriers de la cimenterie ayant habité des rangées de petites maisons aujourd’hui remplacées par un parking. Nos pas nous ont guidés ensuite jusqu’à la commune de Saint-Juéry pour y collecter des histoires de fêtes et d’usine. Puis retour à Albi, quartier de Cantepau, « zone urbaine sensible », où nous avons oscillé entre l’horizontalité des maisons et la verticalité des immeubles.

Mes souvenirs me ramènent sans cesse à la première édition du Temps de Dire en 2012, au premier village, au tout premier collectage effectué avec un vieil homme de 91 ans dont je tairai le nom puisqu’il avait voulu rester anonyme. Il était venu à moi avec un papier sur lequel étaient consignées les dates importantes de l’histoire du village: sa fondation, la construction de l’église, etc. Il ne pensait pas s’attarder. Il ne pensait pas parler de lui. Puis, une fois les dates parvenues au XXe siècle, aux deux guerres mondiales, j’ai réussi à faire dévier son récit vers son père et enfin vers lui-même. Au final, nous sommes restés ensemble une bonne heure et demi. Je ne raconterai pas ici les hasards incroyables, chanceux ou malchanceux, qui ont émaillé son existence; nous en vivons tous, de ces trucs si dingues que l’écrivain en moi n’ose pas les mettre dans une histoire de peur d’être moqué.

En fait, je me rappelle surtout les yeux joyeux, pleins de lumière, et la phrase que ce vieillard m’a répétée plusieurs fois: « Une vie, c’est extraordinaire! » Avec un gros point d’exclamation.

L’année suivante, je suis revenu dans ce village, collecter à nouveau. Le vieil homme était mort. Je suis allé voir sa tombe au petit cimetière entouré de verdure.

Depuis, vaille que vaille, malgré les multiples difficultés inhérentes au Temps de Dire, je continue à écouter les gens. À rendre leur histoire à l’étape suivante avec tout le respect possible. Parce que vous savez quoi? Une vie, c’est extraordinaire.

Sur la route avec Oliviero et Jean-Michel

Sur la route avec Oliviero et Jean-Michel

Les cimetières de Pisagua

Pisagua pleure son passé.
Coincé entre l’océan Pacifique et le désert du grand Nord chilien, le village d’à peine trois cents âmes se souvient de sa splendeur, quand trois mille personnes s’y massaient, quand les bateaux en partaient chargés du nitrate extrait des mines de salpêtre. La gare est encore debout, même s’il est bien difficile d’imaginer un train parvenant à serpenter sur les parois rocheuses qui isolent Pisagua de l’intérieur des terres.

Pisagua

Pisagua

Tous les bâtiments d’époque sont construits en pin d’Oregon, capable de résister aux énormes écarts de température qui caractérisent le climat local. L’ancien hôpital laisse admirer ses portes et fenêtres étrangement penchées pour épouser la pente du terrain. Le théâtre a résisté lui aussi ; le mur arrière est si proche de l’océan que l’on entend le bruit des vagues depuis la scène, au point de se demander comment les acteurs pouvaient y jouer.

L'hôpital

L’hôpital

Pour trouver les cimetières, il faut sortir du village par le nord et longer les flots. Une courte marche permet d’accéder aux croix blanches anonymes sous lesquelles reposent des soldats de la guerre du Pacifique, dite aussi « guerre du salpêtre ». À la fin du XIXe siècle, le Chili a annexé ces territoires riches en nitrate, privant la Bolivie d’accès à la mer, et récupérant par la même occasion l’extrême sud du Pérou. Le conflit avait démarré du simple fait que la Bolivie voulait augmenter les taxes, revenant ainsi sur les avantages octroyés aux investisseurs chiliens.
Les tombes abritent des soldats chiliens, mais aussi péruviens et boliviens, tous qualifiés de « héros » de leur pays. C’est un premier pas : se dire que les adversaires ne sont pas des barbares sanguinaires, mais des égaux, juste d’autres hommes. Reste à passer à l’étape suivante, et admettre que ces braves gens ne sont pas morts pour la défense de leur patrie, mais pour celle d’intérêts financiers qui se moquaient bien de tel ou tel drapeau.

Le cimetière miilitaire

Le cimetière militaire

Il faut s’avancer beaucoup plus loin – près de trois kilomètres – pour trouver le cimetière civil, serré lui aussi entre l’eau et la terre aride. Presque toutes les tombes sont entourées de petites balustrades en pin, comme si les morts avaient besoin d’un semblant de maison. Le bois desséché paraît friable, au point qu’on ose à peine le toucher, alors qu’il résiste aux éléments depuis plus d’un siècle. Seule la tombe du premier maire du village possède une balustrade et une croix en fer forgé.
Les noms sont espagnols, mais aussi anglais – on ne pouvait quand même pas laisser un commerce si important aux mains des autochtones. Beaucoup sont morts jeunes, voire très jeunes, et pas uniquement à cause du soleil assassin ; la distance entre village et cimetière s’explique par l’éloignement indispensable des victimes de la peste.

Le vieux cimetière

Le vieux cimetière

Sur le côté, un monument bien plus récent rend hommage aux vingt-et-un villageois fusillés durant la dictature de Pinochet, dont quatorze retrouvés ici, dans une fosse commune qui reste désormais à ciel ouvert.
Juste avant de partir, une rare touche de couleur attire l’œil. Quelques fleurs en plastique et un vélo d’enfant couverts de poussière décorent la tombe de Carlos, « l’enfant martyr », qui n’a pas survécu à une journée passée dans le désert après avoir échappé à la surveillance de ses parents.

Le vieux cimetière

Le vieux cimetière

Oui, Pisagua pleure son passé. Sur un mur du village, une affichette invite les habitants à une réunion concernant la possible construction d’un port moderne qui ferait concurrence à celui de la grande ville d’Iquique, cent-vingt kilomètres au sud. Même si la baie semble trop étroite pour y loger une telle structure sans raser le village.
Et pendant ce temps, les vagues, imperturbables, soufflent leurs répliques aux fantômes du vieux théâtre.

Les Mystères de Venise

J’ai le plaisir de vous annoncer la création de mon nouveau spectacle, consacré aux nombreux mystères qui se débattent dans les eaux sombres de la lagune de Venise…

Descriptif

Venise est une ville où tout semble possible et où, la plupart du temps, tout finit en effet par advenir. Les légendes urbaines y croisent avec naturel intrigues politiques et crimes sanglants. Les Mystères de Venise offrent une promenade troublante, inquiétante, le long des canaux et des palais de la Sérénissime.

Tout le monde connaît le pont du Rialto, mais peut-être pas le terrible secret de sa construction. Parmi les fantômes qui errent à la nuit tombée, les anciens doges sont logés à la même enseigne que les gens de peu. Et quand il s’agit d’amour, qu’importe si le cœur qui bat est celui d’une sirène, d’une noble vénitienne ou d’une esclave ottomane.

Les nuages qui s’amoncellent sur la lagune ne seraient-ils pas les rêves du Diable ? Après tout, à Venise, un pont porte son nom…

Un Vagabond à Venise

J’ai créé ce spectacle après un séjour à Venise en 2015, mais j’avais découvert cette ville extraordinaire au début du siècle et m’en étais inspiré à l’époque sous ma casquette d’écrivain pour donner naissance à la nouvelle Acqua Alta, publiée en 2004 dans l’anthologie French Gothic des éditions Les Belles Lettres. Dans cet ouvrage, j’ai l’immense honneur de côtoyer Flaubert, Daudet, Sand ou Maupassant, et de faire partie des rares auteurs vivants invités au sommaire.

Ce texte sera disponible sous forme de livret lors du spectacle, et il est bien sûr possible d’en organiser une lecture en parallèle à la représentation, ainsi que toute autre animation permettant de mettre en valeur les liens entre littérature écrite et littérature orale.

Documents et autres infos

Les structures intéressées par la programmation des Mystères de Venise trouveront par ici un Dossier de presse et par là une Fiche technique. Spectacle conseillé à partir de 10 ans. Me contacter aux coordonnées indiquées en en-tête de ce site pour toute demande de devis.

Et pour donner l’eau à la bouche (ou les premiers frissons), une histoire extraite du spectacle est disponible ici.